Hôtel de Ville, Paris. Photo : Luis Reygada (2020)
Hôtel de Ville, Paris. Photo : Luis Reygada (2020)

Affaire Matzneff. Verte de rage, Hidalgo voit déjà sa majorité se fissurer

Lundi 27 Juillet 2020

Sous la pression d’EELV, Christophe Girard a démissionné de son poste d’adjoint à la culture, ouvrant une crise politique à la mairie de Paris.

Un mois à peine après le second tour des municipales, la majorité socialiste, écologiste et communiste d’Anne Hidalgo craquelle. Jeudi, accompagnés de mouvements féministes, ses alliés d’EELV ont manifesté pour réclamer le départ de Christophe Girard, fraîchement reconduit dans ses fonctions d’adjoint à la culture. Ce dernier est contesté pour une proximité présumée avec Gabriel Matzneff, écrivain accusé de « viols sur mineurs ». « Mairie de Paris : bienvenue à Pédoland » ou « Pédo en commun » - une référence à la liste de la gauche rassemblée Avenir en commun -, pouvait-on lire sur certaines pancartes polémiques. Des banderoles qui ont provoqué l’ire de l’édile PS et obligé David Belliard, chef de file des écologistes parisiens, à se désolidariser. « Je n’aurais pas forcément organisé cette manifestation, encore moins utilisé ces slogans (…) que je trouve choquants », a aussi réagi Julien Bayou, patron d’EELV.

L’élu socialiste ne fait l’objet d’aucune poursuite

Dans la foulée de ce rassemblement, Christophe Girard, entendu en mars comme témoin dans l’affaire Matzneff, a démissionné afin que la maire de Paris « puisse exercer son mandat sereinement », affirme-t-il dans un communiqué. En tant qu’ancien secrétaire général de la maison Yves Saint Laurent entre 1986 et 1987, il aurait aidé financièrement le romancier pour lui permettre d’échapper à la brigade des mineurs en réglant des notes d’hôtel. Une enquête visant le romancier a été ouverte à la suite de la parution, en janvier, du Consentement, de Vanessa Springora, où elle raconte une relation sous emprise. Plusieurs médias parlent également de relations « amicales » entre Matzneff et Girard, à qui est dédié le livre la Prunelle de mes yeux. L’élu socialiste ne fait néanmoins l’objet d’aucune poursuite.

« Il ne suffit pas d’avoir un casier judiciaire vierge pour être adjoint à la mairie de Paris, il faut aussi des qualités éthiques et morales, le soutien à Gabriel Matzneff disqualifie Christophe Girard pour ce genre de responsabilités », assume Raphaëlle Rémy-Leleu, élue écologiste. « La honte ! La honte ! La honte ! », s’est vivement indignée Alice Coffin, autre conseillère municipale verte, qui, depuis le début de la polémique, est victime de tombereaux d’insultes homophobes sur les réseaux sociaux. Elle réagissait à la standing ovation offerte, ce vendredi, par le Conseil de Paris à Christophe Girard, à qui Didier Lallement, préfet de Paris, a adressé un « salut républicain ».

La rumeur, les amalgames et les soupçons »

« Écœurée » par la démission forcée de son « ami », Anne Hidalgo a annoncé son intention de déférer « devant les tribunaux les graves injures publiques qui ont été dirigées contre la mairie de Paris ». Elle dénonce un droit « piétiné par la rumeur, les amalgames et les soupçons » et considère que les deux élues EELV susmentionnées se sont placées « d’elles-mêmes en dehors de la majorité municipale ».

« Faut-il le rappeler, suite à son audition en tant que témoin, aucune charge n’est retenue contre Christophe Girard à ce jour. Nous ne pouvons admettre que dans un État de droit, la vindicte de quelques-uns prenne le pas sur la justice. Nous ne pouvons travailler ensemble si la rumeur, la suspicion généralisée, l’injure deviennent la règle », prévient, quant à lui, Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe communiste.

Emmanuel Grégoire, premier adjoint, a demandé des « excuses » à « Alice Coffin et à (ses) partenaires écologistes » pour les « excès » des manifestants. Attentes qui ne seront pas satisfaites, selon Alice Coffin : « Je ne renierai pas des années de féminisme une fois élue. »

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