Jeudi, 2 Juillet, 2020

Airbus. Le gouvernement s’en remet au « patron extrêmement responsable »

Aucune clause de maintien de l’emploi n’est imposée par l’État, actionnaire de l’avionneur, en échange des aides ­publiques directes et indirectes que celui-ci reçoit.

Après Renault ou Air France, le gouvernement a à nouveau décidé de ne rien décider pour influer sur la note sociale salée qu’Airbus est en passe de faire payer à ses salariés. Comme pour le constructeur auto et la compagnie aérienne, l’exécutif ne ménage pas ses soutiens, notamment financiers, pour répondre à la crise. Mais « l’État stratège » préfère s’en remettre aux directions des groupes plutôt que d’user des 11,08 % que la France détient dans le capital du constructeur aéronautique.

« Airbus a un patron extrêmement responsable », n’a pas manqué de souligner mercredi Jean-Baptiste Djebbari. Le ministre des Transports réagissait ainsi, au lendemain de l’annonce des 15 000 suppressions de postes, dont le tiers en France. La veille, son collègue à l’Économie, Bruno Le Maire, avait jugé le chiffre de suppressions d’emplois « excessif » et demandé de « réduire au maximum les départs contraints ». Mais la véhémence s’est arrêtée là et le gouvernement s’en remet à son dogme du zéro clause sociale et zéro garantie de maintien des emplois imposées aux entreprises ayant recours aux multiples plans de sauvegarde sectoriels et soutiens financiers publics, directs comme indirects. Le ministre des Transports a indiqué que, pour limiter les coupes claires dans les effectifs, il misait sur l’ « activité réduite pour le maintien en emploi », alias Arme. Le calendrier faisant bien les choses, ce nouveau dispositif de chômage partiel de longue durée, lui aussi dénué d’interdiction de suppression de postes pour toute entreprise y ayant recours, est entré en vigueur ce mercredi 1er juillet.

« C’est 1 500 emplois qui seraient sauvés » en France grâce à l’Arme, s’est esbaudi sur BFMTV Jean-Baptiste Djebbari. La direction d’Airbus estime, elle, plutôt « jusqu’à 1 000 emplois » préservés. « On investit aussi massivement sur l’avion de demain (…). C’est 500 emplois qui vont être sauvés pour Airbus. Déjà 2 000 emplois ! », a surenchéri le ministre des Transports. C’est bien la moindre des choses, au vu des 15 milliards d’euros que l’État se fait fort de déployer dans son plan de soutien à la filière aéronautique, dont 1,5 milliard consacré à la recherche d’un avion neutre en carbone d’ici 2035. Dans ce plan, 7 milliards d’euros de prêts garanti à Air France par l’État serviront d’ailleurs, pour partie, à assurer la commande de 60 Airbus A220 et 38 gros-porteurs A350 déjà prévue. 

Stéphane Guérard
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