Les manifestants berlinois ont défilé sans masque pour protester contre les gestes barrières imposés. Fabrizio Bensch/Reuters
Les manifestants berlinois ont défilé sans masque pour protester contre les gestes barrières imposés. Fabrizio Bensch/Reuters
Lundi, 3 Août, 2020

Allemagne. À Berlin, les « covidiots » d’extrême droite prennent la rue

Plusieurs milliers de militants se sont rassemblés dans la capitale allemande samedi en réaction aux mesures gouvernementales visant à enrayer la pandémie de coronavirus, qui a fait 9 226 morts outre-Rhin.

Près de 20 000 manifestants selon la police (500 000 d’après les organisateurs) ont défilé dans les rues de Berlin samedi contre les gestes barrières qui « entravent leurs libertés ». Ouvertement liés à l’extrême droite dans leur écrasante majorité, les protestataires critiquent les décisions du gouvernement Merkel et qualifient le virus de « fausse alerte ». Les forces de sécurité ont tenté de disperser la manifestation pour non-respect des mesures sanitaires. La police berlinoise fait état de 18 blessés parmi ses membres suite à cette marche, dont trois ont dû être soignés à l’hôpital. Les organisateurs ont baptisé leur marche « Jour de la liberté », un titre qui fait écho au film de propagande nazie de Leni Riefenstahl du même nom, sorti en 1935. Dans un registre toujours sinistre, un manifestant arborait une pancarte comparant le masque obligatoire au port de l’étoile jaune durant le IIIe Reich.

Alors que les autorités alertent sur une résurgence des cas de Covid-19, les Allemands sont invités à respecter les mesures de distanciation sociale, le port du masque et la limitation de leurs activités. À rebours de ces consignes, les manifestants ne portaient aucun masque et n’observaient pas les distances physiques de sécurité. Des membres du SPD, comme Saskia Esken, ont souligné le mauvais goût des manifestants de nommer leur cortège « la deuxième vague » alors même que les contaminations semblent repartir à la hausse en Allemagne, comme dans divers pays d’Europe. La leader du Parti social-démocrate a aussi qualifié les marcheurs de « covidiots », et a appelé les habitants à suivre les mesures gouvernementales.

À droite, la CDU affirme que le comportement irresponsable de ces manifestants met en danger la santé collective ainsi que l’économie et l’éducation dans le pays. Le ministre de la santé, Jens Spahn, a également regretté la forme prise par la manifestation sur Twitter : « Oui, les manifestations doivent aussi être une option par temps de coronavirus, mais pas comme cela. Distanciation, masques et hygiène permettent de nous protéger tous. »

Les manifestants ne croient pas aux indications du gouvernement. Une d’entre eux a déclaré à l’AFP que « le gouvernement instaure la peur, et c’est cette peur qui affaiblit le système immunitaire ». Si l’Allemagne a réussi à maintenir ses décès dus au Covid-19 en deçà de 10 000 (9 226) contrairement à d’autres pays européens plus durement touchés, elle voit aujourd’hui une nouvelle augmentation des cas. Le pays a enregistré samedi 955 nouvelles contaminations, le plus haut chiffre depuis le 9 mai.

Alors qu’une contre-marche était, elle, organisée pour défendre l’utilisation des gestes barrières et que, dans ce cortège-là, les manifestants portaient des masques, le mouvement en Allemagne intervient après d’autres mobilisations du même ordre ailleurs dans le monde. Des événements similaires ont également eu lieu dans d’autres pays, comme au Canada, où les « anti-masques » manifestaient il y a dix jours, et bien sûr aux États-Unis ou au Brésil, où les partisans de Donald Trump et Jair Bolsonaro ne manquent jamais une occasion de fustiger.

Lou Phily

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