Après les propos d’emmanuel macron. Le droit dit de blasphème et la République laïque

Vendredi 25 Septembre 2020
Jean-Jacques Dulong Avocat au barreau de Paris

À l’occasion du procès de l’attentat de Charlie Hebdo, le président de la République a défendu la liberté de blasphémer. Beaucoup s’en félicitent, d’autant plus que Charlie Hebdo a publié une nouvelle fois les caricatures de Mahomet dont la parution en son temps aurait provoqué quelques années après l’horrible assassinat donc Cabu, Wolinski, Tignous, Charb et leurs amis ont été les invraisemblables victimes, sans parler des autres immondes massacres.

Je ne partage pas l’opinion du président de la République, d’autant plus que, par l’importance de sa fonction de représentation et de direction de l’État, il exprime l’état d’esprit qu’il souhaiterait pour l’application de nos lois, en quelque sorte donner le « la » à la jurisprudence. Pourquoi ? Un blasphème est considéré selon sa définition la plus courante comme une parole, un acte outrageant une religion ou une institution religieuse. Reconnaître le blasphème ou le droit au blasphème, c’est se placer nécessairement dans le cadre de la religion ou d’une religion ayant un statut institutionnel et dont la parole est révérée. Le blasphème appartient au vocabulaire religieux et ce fut en son temps un crime bien plus épouvantable que l’infanticide.

Comme citoyen français athée et volontiers critique de toutes les religions sans exception, je ne me reconnais pas comme blasphémateur à leur encontre, car elles n’ont aucun statut officiel au sein de notre République et que leur parole n’est sacrée que pour leurs fidèles, ce qui est au demeurant leur droit le plus absolu.

Le droit au « blasphème » ne serait concevable que s’il y avait une religion d’État en France, ce qui n’est plus le cas depuis 1789, et en tout état de cause depuis la loi de 1905 relative à la séparation de l’Église et de l’État.

Il pourrait en être différemment dans les autres États européens qui, d’une manière générale, sauf peut-être aujourd’hui dans l’obscurantiste Pologne, s’ils reconnaissent à chacun et à chacune le droit de critiquer les religions, se réclament du christianisme et officialisent l’église considérée comme nationale. Tel est le cas notamment au Royaume-Uni, dans les royaumes scandinaves, en Italie, en Allemagne et même maintenant semble-t-il en Russie.

C’est pourquoi je me permets d’indiquer respectueusement à Monsieur Emmanuel Macron que la question du droit au blasphème ne se pose pas sur notre territoire national.

Nos lois laïques provenant d’un combat séculaire me permettent de vouer aux gémonies les religions, de relever leurs absurdités, de rappeler leurs méfaits quand elles possédaient le pouvoir ou y étaient associées, mais, en revanche, elles m’interdiront tout commentaire désobligeant et surtout injurieux sur les fidèles qui disposent, tout comme moi, du droit à l’erreur… Évoquer le droit de blasphème est de ce fait « blasphématoire » à leur égard. 

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