Cathy Apourceau-Poly, Sénatrice communiste du Pas-de-Calais. © Julien Jaulin / Hans Lucas.
Cathy Apourceau-Poly, Sénatrice communiste du Pas-de-Calais. © Julien Jaulin / Hans Lucas.

Bridgestone : « Accompagner les licenciés coûte plus cher que d’investir »

Jeudi 24 Septembre 2020

La fermeture de l’usine n’a rien d’une fatalité, explique la sénatrice Cathy Apourceau-Poly, pour peu que Bridgestone y investisse et que l’État s’y implique.

Cathy Apourceau-Poly Sénatrice communiste du Pas-de-Calais

Quelle serait la meilleure solution, selon vous, pour empêcher la fermeture de l’usine Bridgestone de Béthune ?

Cathy Apourceau-Poly Tout le monde sait que si nous sommes dans cette situation, c’est parce que Bridgestone a arrêté de développer l’usine de Béthune. Depuis 2014, les sénateurs communistes et moi-même alertons sur le fait qu’il n’y a plus d’investissement de la direction vers ce site, et qu’il finira par fermer. Il faut absolument encourager de nouveaux investissements. Je n’invente pas le fil à couper le beurre en disant ça, c’est la demande que les salariés et les syndicats portent depuis le début. Il faut aujourd’hui investir pour permettre de produire des pneus de plus grand diamètre, puisque les salariés de Béthune ne produisent aujourd’hui que des petits pneumatiques qui se vendent moins bien. C’est ce qui a été fait pour les autres sites et ça a très bien fonctionné. À Poznan, en Pologne, 140 millions ont été investis, dont 24 millions de l’Union européenne. Si c’est possible pour la Pologne, ça l’est aussi pour la France.

L’État a exclu d’entrer au capital de l’entreprise. Qu’en pensez-vous ?

Cathy Apourceau-Poly Ce que nous demandons en priorité, c’est que l’entreprise investisse. Mais il faut aussi que l’État suive véritablement ce dossier et qu’il se donne les moyens de faire pression sur Bridgestone. Le gouvernement doit jouer son rôle pour sauver les postes. Pour chaque emploi industriel qui disparaît, ce sont trois emplois induits qui sont également détruits. C’est un territoire entier qui est à sauver et, pour cela, il faut se donner les moyens de conserver nos industries. Si cela passe par une entrée de l’État au capital de Bridgestone, alors cela peut être une solution. Mais il faut aussi que le gouvernement intervienne beaucoup plus fortement pour empêcher la concurrence déloyale qui se joue en Europe. C’est le cas de Bridgestone, dont la direction a affaibli l’usine de Béthune en renforçant celle de Poznan. Il est temps que l’État se fasse plus respecter au sein de l’Union européenne.

La direction de Bridgestone a assuré que la seule solution possible était la cessation totale d’activité, mais qu’elle chercherait des repreneurs pour les salariés et le site de Béthune. Est-ce un moindre mal ?

Cathy Apourceau-Poly Je ne peux pas me réjouir que l’usine ferme. Chercher des repreneurs, c’est bien, mais en attendant il y a quand même plus de 800 salariés qui sont menacés de perdre leur travail. Des milliers de personnes sont même touchées, si l’on considère leurs familles, leurs enfants. Nous n’en sommes pas encore à chercher quoi faire une fois que l’usine aura fermé. L’ordre du jour, pour le moment, c’est la lutte. Peut-être que nous aurions été d’accord pour discuter de cela s’il n’y avait aucune autre solution qui permette de garder l’usine ouverte, mais il y a des solutions, comme la fabrication de plus gros pneus. La direction de Bridgestone nous a assuré lorsqu’elle nous a rencontrés lundi en visioconférence qu’elle n’allait pas lâcher les salariés comme ça, qu’elle allait passer par de l’accompagnement social pour que chacun retrouve un emploi. Or, accompagner les salariés licenciés va coûter plus cher à Bridgestone que d’investir.

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