Medellin, le 21 septembre. Manifestation contre la répression policièreet pour la démission du gouvernement. Joaquin Sarmiento/AFP
Medellin, le 21 septembre. Manifestation contre la répression policièreet pour la démission du gouvernement. Joaquin Sarmiento/AFP

Colombie. Le sombre bilan de la violence d’État

Jeudi 24 Septembre 2020
Les assassinats de dirigeants sociaux et d’ex-combattants se multiplient. Une politique de terreur délibérée, pour torpiller l’accord de paix de 2016.

Le lourd climat de violence qui règne en Colombie tourne, ces dernières semaines, au massacre. Dimanche dernier, à Charco, dans le département de Narino, la répression d’un mouvement de protestation sociale a encore fait quatre morts. Une dizaine de jours plus tôt, des manifestations de colère contre les violences policières s’achevaient déjà dans le sang, à Bogota et Soacha. Bilan : 14 morts et au moins 400 blessés.

D’après l’Institut pour le développement de la paix, ces nouveaux épisodes répressifs portent à 61 le nombre de tueries recensées à travers le pays rien qu’en 2020, avec plus de 200 morts. Lundi, mouvements étudiants, syndicats et partis de gauche ont encore appelé à des manifestations contre les exactions policières : elles ont été durement réprimées par les unités antiémeutes déployées à Bogota, à Medellin, à Pasto. Ces protestations ne sont pas nouvelles : depuis l’an dernier, des mouvements sociaux réclament la dissolution de l’escadron mobile antiperturbations, une unité créée en 1999, à l’origine, depuis cette date, de 43 assassinats.

En ville, la police tue ; dans les campagnes, ce sont l’armée et les groupes paramilitaires promettant « la mort de la gauche » qui s’en chargent. Leurs crimes ont coûté la vie, en 2020, à 267 dirigeants sociaux et ex-guérilleros ayant déposé les armes. Mardi encore, Nelson David Sanchez Segura, un ex-combattant des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), a été assassiné de deux balles dans la tête à Tumaco, dans le sud-ouest du pays.

Les paramilitaires à l’œuvre

Entre la conclusion des accords de paix entre les Farc et le gouvernement colombien, en 2016, et le 14 juillet 2020, 973 leaders sociaux, défenseurs des droits humains et ex-combattants ont été assassinés. Politique délibérée d’élimination physique des opposants, dénonce le sénateur Carlos Lozada, de la Force alternative révolutionnaire commune, issue de l’ancienne guérilla : « Le terrorisme d’État est un moyen adopté en Colombie pour imposer par la terreur les intérêts des sociétés transnationales dans des activités d’extraction intensive de nos richesses. C’est un moyen de maintenir ce modèle politique. »

Modèle cher à l’actuel président, Ivan Duque, parfait représentant de l’oligarchie agricole et extractive colombienne. Issu des rangs du Centre démocratique – la droite radicale –, lié comme son mentor, l’ancien président Alvaro Uribe, aux secteurs paramilitaires, il n’a jamais dissimulé son aversion pour le processus de paix initié sous le mandat de son prédécesseur, Juan Manuel Santos. Depuis sa victoire en 2018, il s’acharne même à vider l’accord de La Havane de son contenu, en particulier sur la réforme agraire et la justice transitionnelle. Quitte à favoriser la résurgence d’un conflit armé.

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