Carrefour voit son chiffre d’affaires français grimper de 2,4 % sur le premier semestre, à 18,1 milliards d’euros. Teun Voeten/Panos/REA
Carrefour voit son chiffre d’affaires français grimper de 2,4 % sur le premier semestre, à 18,1 milliards d’euros. Teun Voeten/Panos/REA
Lundi, 3 Août, 2020

Covid-19. Les « gagnants » et les « perdants » du CAC 40

Certains boivent la tasse, d’autres sabrent le champagne : les grands groupes tricolores, dont les résultats trimestriels ont commencé à tomber, ne sont pas logés à la même enseigne.

Il est encore trop tôt pour savoir si la crise économique en cours va redessiner le visage du capitalisme hexagonal. En revanche, la valse des résultats trimestriels, qui ont commencé à tomber la semaine dernière, permet d’y voir un peu plus clair entre les « gagnants » et les « perdants » du CAC 40 : les premiers ont résisté au confinement, certains y ont même vu une opportunité de regarnir leurs caisses. Les autres affichent des chiffres en nette baisse, même s’il faut relativiser le catastrophisme ambiant. Les résultats présentés par Renault, par exemple, ont fait couler beaucoup d’encre. Au premier semestre, le groupe automobile a enregistré 7,4 milliards d’euros de pertes, avec un logique effondrement des ventes (- 35 %, à 1,2 million de véhicules vendus, pour 18,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Précisons tout d’abord que ce gadin est finalement assez peu lié au Covid. Sur les 7,4 milliards d’euros de pertes, 4,8 milliards proviennent de son partenaire japonais Nissan, dont les ventes en Europe dévissent depuis de longs mois, la faute à une gamme vieillissante et inadaptée. En fin de compte, l’impact du Covid sur les comptes du groupe s’élève à « seulement » 1,8 milliard d’euros. Ensuite, même si ces résultats inquiètent, ils ne menacent pas encore la survie du géant automobile : assis sur un confortable matelas de liquidités (près de 17 milliards d’euros, dont 5 milliards garantis par l’État français), Renault ne va pas mettre la clé sous la porte dans les prochaines semaines. Enfin, le rebond des ventes de voitures neuves observé en juin-juillet dans l’Hexagone, même s’il est imputable aux mesures de soutien exceptionnelles décidées par l’État (prime à la casse), indique que les consommateurs n’ont pas renoncé à acheter des véhicules. « Renault a des fondamentaux qui ne sont pas catastrophiques, résume l’économiste Bernard Jullien (France Info, 31 juillet). Le groupe automobile a l’électrique et une empreinte mondiale qui est assez satisfaisante. » Pour l’avenir, la direction de la marque au losange a indiqué son intention d’imiter son concurrent PSA, dont les résultats crèvent le plafond, ce qui n’a rien de rassurant en termes de conditions de travail… (voir encadré).

Ces derniers jours, de nombreux géants du CAC 40 ont annoncé des résultats en berne. Mais il faut, comme pour Renault, se garder de tout jugement hâtif. Le groupe pétrolier Total, abonné aux chiffres canon, a essuyé une perte de 7,1 milliards d’euros au second trimestre, liée à l’effondrement des prix et de la demande de pétrole dans le monde. Un plongeon historique qui n’a toutefois pas empêché le groupe de maintenir son niveau de dividende (0,66 euro par action) et de se montrer raisonnablement optimiste sur la suite (remontée des cours du pétrole, reprise de la demande, etc.).

À l’inverse, certains groupes affichent, dans le contexte actuel, une bonne santé insolente. C’est le cas des entreprises de grande distribution, qui ont peu souffert du confinement, ou de l’industrie pharmaceutique, qui peut dire merci au Covid. Carrefour voit son chiffre d’affaires français grimper de 2,4 % sur le premier semestre, à 18,1 milliards d’euros. Le groupe tricolore aurait même recruté 500 000 clients supplémentaires, selon un communiqué officiel. Les raisons de ce regain de forme ne manquent pas : avec la fermeture des restaurants, cantines scolaires et entreprises durant le confinement, la grande distribution s’est retrouvée en position de force. Même si cette période a représenté un « coût » financier supplémentaire pour le secteur (équipement des magasins en plexiglas, masques pour les personnels, etc.), le bilan est globalement positif.

Même satisfaction du côté de Sanofi, qui annonce des chiffres dans le vert. Au premier trimestre, ses ventes de médicaments grand public avaient été portées par le boom de la consommation de doliprane (+ 20 %), sur fond d’inquiétude sanitaire. Au second trimestre, c’est un autre médicament vedette qui a pris le relais, le Dupixent, prescrit contre l’asthme et l’eczéma sévère. Au total, le résultat net du groupe a grimpé de 3,6 % au second trimestre, à 1,6 milliard d’euros.

Cyprien Boganda
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