Yveline Ruaud, réalisatrice et Fik’s Niavo, coproducteur, membre du groupe Ul’Team Atom et cocréateur des battles « Dégaine ton style ». © Cebos Nalcakan
Yveline Ruaud, réalisatrice et Fik’s Niavo, coproducteur, membre du groupe Ul’Team Atom et cocréateur des battles « Dégaine ton style ». © Cebos Nalcakan

Documentaire. Le rap sous un angle social, politique, urbanistique

Mardi 22 Septembre 2020

Le site l'Abcdr du Son a mis en ligne le documentaire Clasher l’Ennui, consacré à l’émergence du hip-hop aux Ulis, entremêlé à une lutte politique.

Diffusé à la Fête de l’Humanité, ce documentaire raconte l’histoire des battles « Dégaine ton style » aux Ulis (Essonne) lancées en 2002. Plus qu’une plongée dans les prémices du hip-hop français, la réalisatrice Yveline Ruaud et le coproducteur Fik’s Niavo, artiste du groupe Ul’Team Atom, s’attachent à explorer la ville sous un prisme politique. Entretien.

Pourquoi avoir appelé ce documentaire Clasher l’ennui ?

Yveline Ruaud Nous n’avons pas voulu faire un documentaire sur le rap. « Dégaine ton Style » (DTS), c’est un prétexte pour évoquer les Ulis sous un angle politique, social, urbanistique. Impossible de comprendre l’histoire de DTS sans connaître celle de la ville. Les battles apparaissent en 2002, au moment où les quartiers sont isolés, difficiles d’accès. Il n’y avait même pas de gare ou de café pour se réunir ! Cela a créé de la frustration chez les jeunes.

De ce sentiment d’ennui, naît le concours DTS au bar le Radazik…

Fik’s Niavo Après mon adolescence à tourner en rond, j’ai décidé que les choses devaient changer. J’avais compris qu’on ne pouvait rien attendre de la mairie : à cette époque, on galérait pour avoir un micro ou une salle, donc on a opté pour l’autodétermination. Ils ne comprennent pas la musique qu’on défend, ni notre façon de vivre. Le gérant du Radazik posait même des RTT le jour des battles, parce qu’il pensait que ça allait mal se finir (rires). 

Yveline Ruaud  Lors des deux premiers événements, des camions de CRS stationnaient autour du Radazik. Le message envoyé était clair : la répression peut frapper si vous commettez la moindre erreur. Il y a eu un tas de préjugés négatifs, alors que tout s’est déroulé correctement. Finalement, ces concours ont marqué les Ulis, où tout le monde connaît encore DTS ! La fierté du parcours accompli est immense.

À cette époque, vous avez réussi à créer du lien social entre les habitants grâce au hip-hop…

Fik’s Niavo Oui, c’est un truc de malade ! Le but initial consistait à trouver un endroit pour réunir tout le monde. DTS naît de la volonté de faire bouger les choses, et de l’esprit de compétition propre au hip-hop depuis sa création. Au Radazik, les rappeurs répètent leur texte, la concentration est maximale. L’ambiance est bouillante : imaginez plus de 200 personnes dans un endroit dix fois trop petit (rires). On voyait des personnes arriver du 91, des quartiers voisins et même d’autres villes. C’était important d’inclure tout le monde et que l’entrée soit gratuite. Finalement, on a fait de la politique au sens étymologique du terme, en s’occupant de la vie de la cité.

Une scène, cruciale, montre des jeunes filles en train de reprocher aux anciens de les avoir abandonnées après l’arrêt de DTS. Que leur répondez-vous ? Quel héritage souhaitez-vous transmettre ?

Yveline Ruaud Cette scène était complètement spontanée, j’ai demandé à l’équipe de filmer parce que la discussion était au cœur des questions du documentaire. J’y vois surtout une détresse liée à un sentiment d’abandon par l’État. Nous sommes fiers d’avoir dans le film des jeunes qui portent un regard sur la situation d’aujourd’hui.

Fik’s Niavo Nous n’étions pas destinés à être une usine à disque d’or. DTS, c’est un état d’esprit, un moyen d’inciter les jeunes à devenir la personne qu’ils souhaitent être. À ne jamais se résigner. Si on en a été capables, ils peuvent aussi le faire. Nous, les anciens, on sera toujours présents pour filer un coup de main.

Clasher l’ennui, www.abcdrduson.com

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