Selon un sondage de l'Institut Forsa pour le compte de RTL, 63 % des Allemands soutiennent les revendications des salariés des services publics, comme mardi, à Gütersloh. © Friso Gentsch/dpa/AFP
Selon un sondage de l'Institut Forsa pour le compte de RTL, 63 % des Allemands soutiennent les revendications des salariés des services publics, comme mardi, à Gütersloh. © Friso Gentsch/dpa/AFP

En Allemagne, les combattants contre le coronavirus veulent leur dû

Mercredi 23 Septembre 2020

Exposés en première ligne à la pandémie et mal payés, ils débrayent massivement pour exiger une hausse de 4,8 % de leur rémunération.

Ils ont débrayé mardi matin devant les portes de plusieurs hôpitaux, celles des jardins d’enfants, des casernes de pompiers ou des hangars qui abritent les escouades de ramassage des ordures. Les employés de la fonction publique de plusieurs dizaines de villes allemandes sont mobilisés pour exiger une augmentation de salaire de 4,8 % et un minimum de 150 euros. Ces grèves d’avertissement marquent le lancement des négociations tarifaires pour quelque 2,3 millions de salariés. Elles sont la réponse aux blocages des autorités locales ou fédérales qui se refusent à toute augmentation conséquente de salaire.

« Les applaudissements ne suffisent pas, nous voulons des rémunérations dignes ! » a lancé Volker Hoppmann, dirigeant de VerDi, mardi matin, devant une clinique de la ville de Gütersloh, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Comme dans quasiment toute l’Europe, les personnels de santé ont été et restent outre-Rhin aux avant-postes du combat contre le virus. Couverts de louanges, de reconnaissance et qualifiés de héros du quotidien, ils sont restés gratifiés d’une rémunération à peine supérieure au Smic local pour les aides-soignants et souvent inférieure à 2 000 euros net par mois pour un infirmier en début de carrière.

D’autres soutiers de la fonction publique appelés aux avant-postes du combat contre le virus, comme les éboueurs ou les pompiers, sont logés à la même enseigne, sans la moindre reconnaissance des risques pris pour assurer la continuité des services. Les employés des jardins d’enfants et autres garderies (Kindertagesstätte) étaient très mobilisés dans les débrayages, mardi matin. Le rôle primordial de ce secteur, qui est l’un de ceux dont le niveau des rémunérations est le plus bas au plan national, a aussi émergé dans la crise sanitaire. Dans un pays qui souffre d’un sous-investissement notoire dans la petite enfance et ne possède pas de véritable réseau de crèches, la mobilisation de ces personnels a permis de faire revenir rapidement les jeunes parents dans les entreprises.

Un retour aux logiques les plus austéritaires

Mais les autorités locales ou fédérales n’en démordent pas, et s’efforcent de discréditer le mouvement. Céder aux revendications serait emprunter « la mauvaise voie », souligne Gerd Landsberg, l’un des représentants des villes et des communes dans les tractations tarifaires. Pour faire face à la pandémie, fait-il valoir, la fédération et les collectivités territoriales ont réalisé un « énorme effort financier ». Elles vont donc devoir s’adapter en pratiquant « un surcroît d’économies ». Entendez un retour aux logiques les plus austéritaires. Le mouvement est soutenu par une forte majorité de l’opinion publique. Selon un sondage de l’Institut Forsa pour le compte de RTL, quelque 63 % des personnes interrogées expriment leur accord avec les revendications des salariés des services publics. Un soutien majoritaire enregistré également chez ceux, comme les parents de jeunes enfants, qui, de fait, subissent le plus fort désagrément de ces arrêts de travail. Étant donné l’obstination des directions à refuser le moindre compromis sur des hausses salariales, le bras de fer va se poursuivre. De nouvelles grèves d’avertissement sont annoncées sur tout le territoire allemand dans les jours qui viennent.

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