Hamilton/Réa
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Vendredi, 3 Juillet, 2020

Exécutif. Emmanuel Macron entretient le flou autour du remaniement

Le chef de l’État va-t-il changer de premier ministre ? Le nouveau casting du gouvernement pourrait être présenté autour du 8 juillet.

Édouard Philippe ne sait toujours pas s’il va se fixer au Havre. Vainqueur au second tour des élections municipales dans la cité portuaire, le juppéiste n’est pourtant pas certain d’occuper le fauteuil de maire. Le brouillard autour de son avenir politique pourrait se dissiper dimanche avec la tenue du premier conseil municipal censé élire le nouvel édile. Présentera-t-il d’ici là sa démission au chef de l’État ? Pour l’heure, il reste en partie suspendu au sort qu’Emmanuel Macron voudra bien lui réserver en cas de remaniement.

Accompagnera-t-il le président de la République sur le « nouveau chemin » que le chef de l’État a promis de dessiner dans les jours à venir ? C’est le paradoxe Philippe : malgré une popularité au zénith – selon un sondage Ifop, 45 % des citoyens font confiance au premier ministre pour « réinventer la France » –, celui qui se définit comme « un homme de droite » pourrait être lâché en chemin par le président de la République, qui prétend vouloir donner un nouveau souffle à son quinquennat. Sauf qu’un premier ministre sert habituellement de fusible une fois son impopularité installée. C’est toute la difficulté pour Macron, dont les proches assurent qu’Édouard Philippe serait incapable d’incarner un virage écologique annoncé par l’Élysée pour justifier d’une sortie.

Édouard Philippe, un rival en 2022?

Sous pression après la montée des Verts aux municipales, le président a promis de mettre l’écologie « au cœur de notre économie ». « Le temps est venu de faire, d’agir », a-t-il déclaré devant les membres de la convention citoyenne pour le climat, au lendemain du second tour. Mais ce coup de bluff n’a pas trompé les Français : selon un sondage YouGov, seuls 3 % le pensent « tout à fait sincère » dans ses ambitions écologistes. Un chiffre qui atteint à peine 18 % chez les sympathisants de LaREM. Pourquoi, dès lors, se priver d’un Édouard Philippe qui pourrait devenir un rival pour 2022 ?

Borloo et Darmanin lorgneraient Matignon.

Le gouvernement, qui n’a jamais bougé son cap d’un iota depuis 2017, assure pourtant vouloir ouvrir un nouvel acte. « Il est assez légitime qu’on se pose la question des deux prochaines années, de nos priorités, et évidemment des hommes et des femmes qui seront amenés à les porter (…). Ça passe nécessairement par un remaniement », explique sa porte-parole, Sibeth Ndiaye. Les noms de l’ex-premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve ou de l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy Nathalie Kosciusko-Morizet circuleraient comme de possibles nouveaux entrants. Des portefeuilles inédits pourraient être créés, comme celui du « ministère du Service public chargé des relations avec les citoyens », conformément aux souhaits de Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale. Jeudi 2 juillet, il a présenté au chef de l’État une série de mesures dans le cadre des « consultations » entamées avec les numéros un des trois chambres (Sénat, Assemblée nationale, Cese). Enfin, Jean-Louis Borloo et Gérald Darmanin, l’actuel ministre des Comptes publics, lorgneraient Matignon.

Le remaniement pourrait être dévoilé autour du 8 juillet. Mais qu’importe le nouveau casting, tant qu’il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron est incapable de se réinventer. Preuve en est, le chef de l’État a refusé la création d’une taxe de 4 % sur les dividendes, refuse aussi mordicus tout retour de l’ISF, et ne renonce pas à sa réforme des retraites tant décriée dans le pays. Au-delà du remaniement à venir, le logiciel macroniste semble définitivement en panne.

Lola Ruscio
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