Grand Paris et Terres de Gonesse : un autre développement est possible

Vendredi 18 Septembre 2020

La 4ème Fête des Terres de Gonesse rassemblera, samedi 19 septembre, trois associations opposées à trois grands projets franciliens emblématiques du monde d’avant : la rénovation de la gare du Nord, l’urbanisation du Triangle de Gonesse – malgré l’abandon d’EuropaCity – et l’extension de Roissy. Entretien avec Didier Mignot, conseiller régional PCF-FDG Île-de-France, membre de la commission environnement et aménagement du territoire.

Vous serez présent, ce 19 septembre, à la Fête des Terres de Gonesse, qui verra naître ce jour-là une convergence des luttes contre des projets inutiles et imposés dans le Grand Nord-Est parisien. Pouvez-vous nous rappeler, d’abord, en quoi ces projets sont nocifs ?

Didier Mignot Ces trois projets, en fait, ne font qu’un sujet : celui de l’aménagement de la région Île-de-France. Au service de qui ou plutôt au profit de qui ? Intérêt financier ou intérêt général ? Ils ont la même cohérence et relèvent de la même logique : un aménagement du territoire au service de la finance. Ils s’inscrivent dans la perspective d’une compétition des régions à l’échelle de la France et de l’Europe, qui n’a que faire de l’intérêt des populations.

Dans la période du siècle où nous sommes, il ne faut rien faire qui soit irréversible. C’est l’avantage du projet alternatif Carma sur le Triangle de Gonesse, que le groupe Front de gauche à la région soutient. Un projet citoyen et évolutif qui permet l’adaptation. En revanche, si on bétonne le Triangle de Gonesse, c’est foutu. Je ne pense pas qu’on y remette des champs dans vingt ans.

N’y a-t-il pas eu insuffisance, voire absence de concertation sur ces projets ?

Didier Mignot Les populations sont tenues à l’écart, y compris les élus locaux, lesquels, malgré les différences politiques, peuvent se retrouver sur un certain nombre de sujets concernant l’aménagement de leurs territoires. Nous devons nous battre pour obtenir des miettes de concertation. Ce n’est pas acceptable. Une concertation sur le T4 pilotée par ADP, cela n’a aucun sens, ce n’est pas sérieux !

Grand Paris Aménagement, créé fin 2017, a absorbé l’établissement public d’aménagement (EPA) Plaine de France. Une fusion-absorption qui couvre aussi l’aménagement du Triangle de Gonesse. Soit, un établissement beaucoup plus vaste, éloigné géographiquement des lieux qu’il aménage. De fait, les élus locaux ne participent plus, ou de très loin, aux décisions. C’est là une volonté politique claire de les exclure. Que dire alors des populations, de moins en moins associées sur des sujets qui les concernent au plus haut point. Dans quelle région veut-on vivre ? Que veut-on laisser aux générations futures ? Avec l’accélération du dérèglement climatique, une telle concertation est indispensable.

Face aux nouveaux enjeux, que la crise sanitaire pose avec acuité, notre groupe a demandé une révision du schéma directeur d’Île-de-France (Sdrif). Notre proposition a été rejetée par l’actuelle majorité.

Comment penser un réaménagement pour le Grand Paris et la région qui soit respectueux des populations et de l’environnement ?

Didier Mignot C’est une aspiration populaire qui se partage de plus en plus, car nous sommes bousculés par l’urgence climatique. Un autre réaménagement doit préserver le plus possible les terres agricoles, développer les circuits courts, lutter contre la pollution atmosphérique. Nos populations ont-elles besoin d’autant de centres commerciaux ? Certainement pas. En revanche, il y a besoin de relocaliser des industries propres. Il y a un vrai potentiel en Île-de-France, par exemple, dans la recherche médicale ou dans la recherche et développement pour un transport aérien « propre ».

Quel intérêt y a-t-il aujourd’hui à construire le terminal 4 à Roissy, hormis des intérêts financiers privés ? La même question se pose pour le train CDG express, qui n’est rien d’autre que le bouquet de la mariée dans la corbeille de la privatisation d’ADP.

Au moment du Brexit, Valérie Pécresse, présidente LR de la région, a dit vouloir en faire un e « smart région » et s’activer à accueillir les grandes places financières de Londres. Au lieu de s’activer à relocaliser la finance mondialisée, notre région gagnerait à relocaliser une industrie propre et à mener, à l’écoute des populations, un vrai projet de développement écologique. C’est possible. C’est en prenant cette voie-là que l’on fera rayonner l’Île-de-France dans le monde.

Entretien réalisé par Latifa Madani

Plus d’informations : https://ouiauxterresdegonesse.fr/
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