Mercredi, 1 Juillet, 2020

Hors les murs, le grand écran prend l’air

Si les grands studios se disputent le box-office dans les multiplexes, la saison estivale est aussi l’occasion de regarder des films autrement, en plein air.

La salle obscure nous a manqué pendant le confinement. Et c’est un vrai plaisir de retrouver, depuis le 22 juin, les joies des grandes salles comme des petits cinémas de quartier, l’émerveillement du grand écran, le délice insoupçonné de l’air conditionné quand la canicule frappe. On se languissait presque des bruits du pop-corn, laborieusement brassé par des spectateurs indisciplinés qui parasitent votre séance.

Cette joie du retour à la salle confinée est paradoxale, après plus de deux mois d’enfermement. D’autant plus paradoxal que l’été, saison du dehors par définition, a souvent été une période propice à réinventer l’expérience cinématographique et à la transposer hors les murs. Le cinéma a cherché très tôt à s’émanciper de la salle. Aux États-Unis, les projections de plein air commencent dès les années 1915-1920, avec le développement progressif des drive-in (ou « ciné-parcs », dans la langue de Garou). Le principe : un écran géant sur un grand terrain plat, face à des centaines de voitures agglutinées pare-chocs contre pare-chocs. Les spectateurs se garent, regardent un film et s’en vont comme ils sont venus.

Les drive-in attirent alors autant les familles heureuses de ne pas avoir à se soucier du boucan produit par leur engeance que les adolescents désireux d’échanger leurs fluides pour fêter l’obtention de leur permis de conduire. Si bien que des années 1950 à 1970, avec la libération des mœurs, ils acquièrent la réputation de lieux de perdition – et les films projetés se mettent au diapason : horreur, séries B et pornographie constituent une contre-culture du cinéma américain de l’époque.

À l’heure de la pandémie et des salles condamnées, le drive-in fait son retour, se posant en alternative alors que l’été de cinéma est tombé en partie à l’eau. Outre-Atlantique bien sûr, via le « Tribeca Drive-In » de Robert De Niro, qui s’est mis à parcourir le pays à partir du 25 mars. Mais aussi en Europe, avec la multiplication des « Autokinos » allemands depuis avril, et l’arrivée en France de l’éphémère « Drive-In Festival », qui s’est installé, mi-mai, à Bordeaux, place des Quinconces.

Le drive-in n’a toutefois jamais vraiment pris dans l’Hexagone – et il n’est pas certain qu’aligner des centaines de véhicules individuels côte à côte avec la climatisation à fond soit très en phase avec les aspirations écologiques de l’époque. Qu’importe, il existe bien d’autres façons de concilier cinéma et soirées d’été sans s’enfermer et sans trouer la couche d’ozone. De La Villette (à Paris) à Colmar en passant par Lyon, Aix-en-Provence ou les campings de Vendée, l’offre est vaste. Sans compter les ciné-concerts où les musiciens jouent la bande-son en direct, voire les ciné-piscines où se concilient étrangement immersions aquatiques et cinématographiques. Autant d’endroits où l’expérience sociale et collective du visionnage devient presque aussi importante que le film lui-même.

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