Manifestation en 2011, place Vendôme, à Paris, pour la libération du militant anti-impérialiste. Mehdi Fedouach/AFP
Manifestation en 2011, place Vendôme, à Paris, pour la libération du militant anti-impérialiste. Mehdi Fedouach/AFP
Lundi, 3 Août, 2020

Injustice. L’acharnement contre Georges Ibrahim Abdallah

Les interventions se multiplient pour obtenir la libération de ce communiste libanais incarcéré depuis trente-six ans. L’Humanité a pu le rencontrer en prison.

Le 24 octobre prochain, Georges Ibrahim Abdallah, communiste libanais et militant anti-impérialiste, entamera sa trente-septième année en prison et sans interruption. Nous lui avons une nouvelle fois rendu visite vendredi dernier en compagnie de Jean-Claude Lacombe, cheminot CGT retraité, pour une rencontre de trois heures au centre pénitentiaire de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Au pays dit « des droits de l’homme », qui peut accepter qu’un homme croupisse depuis tant d’années dans les geôles de la République ? La question est directe, elle heurte les consciences mais difficile de passer outre.

Calme et déterminé, l’homme semble indestructible par sa prestance et la solidité de ses convictions renforcées au fil des ans et des soubresauts du monde. Embrassades et mots d’accueil avec un brin de malice, involontaire sans doute, quand ses premiers mots sont pour nous demander comment nous avons supporté les deux mois de confinement !

Rappelons que Georges Abdallah fut condamné à perpétuité en 1987 pour complicité d’assassinat. Fortement engagé dans la défense des Palestiniens alors que les affrontements font rage au Liban et que l’armée israélienne envahit le sud du pays en 1978 et 1982. Il participe à la création des Fractions armées révolutionnaire libanaises (Farl), qui revendiquent en 1982 l’assassinat en France d’un attaché militaire américain et d’un diplomate israélien, tous deux membres des services secrets respectifs. Georges est alors accusé de complicité.

Ce vendredi au parloir de la prison, après quelques échanges personnels, Georges Abdallah parle longuement de la situation au Proche-Orient, des luttes contre un capitalisme partout en crise. Par une lecture quotidienne de la presse, dont l’Humanité, et une écoute assidue des radios internationales, par un insatiable travail personnel de documentation et d’analyse, il est au fait de ce qui se passe dans le monde, des injustices, des trahisons et corruptions dont sont victimes les peuples comme les Palestiniens ou les Libanais. Et d’inciter les communistes « à ne pas baisser les bras pour démasquer partout le rôle des bourgeoisies, à agir en revanche pour structurer ce bloc social porteur de transformations profondes ».

Georges Abdallah est libérable depuis 1999. La dizaine de demandes de remise en liberté sont depuis toutes rejetées. Le 21 novembre 2012, le tribunal d’application des peines se prononce pour sa libération. La décision de la cour d’appel va dans le même sens. Rien ne change. Sous pressions diplomatiques persistantes des États-Unis (1) et d’Israël, les gouvernements successifs se refusent à prendre un arrêté d’expulsion alors que les autorités du Liban sont prêtes à l’accueillir.

Les interventions et démarches pour obtenir sa libération s’intensifient en direction des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Celle de Fabien Roussel pour le PCF, du groupe communiste à l’Assemblée nationale, de la sénatrice Laurence Cohen, des députés Muriel Ressiguier (FI), des parlementaires des Hautes-Pyrénées Jeanine Dubié (PRG), Jean-Bernard Sempastous (LaREM), Maryse Carrère (PRG)… « Sachez que ses soutiens ont tous un impact positif en France mais aussi auprès des autorités libanaises », assure Georges Abdallah.

Alain Raynal

(1) Dossier de Pierre Carles dans le monde Diplomatique ​​​​​​​d’août 2020.

(2) Lui écrire : Georges Ibrahim Abdallah. No d’écrou 2388/A221. CP de Lannemezan, rue des Saligues, BP 70166, 65307 Lannemezan.

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