Pour les organisations, telle Alternatiba, il faut «	proposer un autre avenir soutenable, solidaire et désirable	». Raphael Kessler/Hans Lucas/AFP
Pour les organisations, telle Alternatiba, il faut « proposer un autre avenir soutenable, solidaire et désirable ». Raphael Kessler/Hans Lucas/AFP

Journée mondiale. On ne marche plus, désormais on résiste partout

Vendredi 25 Septembre 2020
Les organisations reprennent les mobilisations, ces 25 et 26 septembre. Mais pas forcément en battant le pavé. Les luttes s’enracinent dans le local et les alternatives.

Il paraît qu’à 17 ans, on n’est pas sérieux. Olivia Lambert a pourtant déjà une solide expérience des mobilisations : elle a séché les cours, marché, bloqué des magasins et occupé le siège du fonds d’investissement BlackRock. Ce 26 septembre, à l’occasion des journées mondiales d’action pour le climat, la jeune femme avec ses camarades de Youth For Climate Paris, a échafaudé un plan très sérieux : une action coup de poing dans un endroit encore tenu secret, « un lieu symbolique, qu’on va essayer de tenir le plus longtemps possible. Et de faire converger les luttes climatique et sociale, débattre, construire des alternatives », précise-t-elle.

Les grandes marches ne sont plus à l’ordre du jour. Il faut dire que les restrictions sanitaires ne le permettent pas. Et puis, « il y a deux ans, les marches étaient monstres, au fur et à mesure, on était moins nombreux, ça commençait à s’essouffler. Il fallait aller plus loin, alors on se radicalise, on se tourne vers la désobéissance civile », continue Léna Lazare, elle aussi membre de Youth For Climate.

Partout en France, des mobilisations auront lieu pour cette première date mondiale depuis la pandémie : grèves scolaires dans les établissements, vendredi ; actions antipub ; vélorution ; création d’espaces de biodiversité urbaine ; implantation de zones à défendre ; rassemblements « contre les grands projets inutiles et imposés ». À Rouen, les groupes locaux des Amis de la Terre et d’Alternatiba rejoindront la manifestation pour les 1 an de la catastrophe de Lubrizol (lire page 19). À Montpellier, ils agiront contre le projet de centre commercial Oxylane, porté par Decathlon.

Les mouvements pour le climat se sont réveillés du confinement avec la gueule de bois. « Ça nous a un peu coupé les ailes, on n’a pas pu agir », dit Olivia Lambert. Quand le plan de relance du gouvernement, lui, a déversé des milliards sur les entreprises et les secteurs les plus polluants. Et tout cela sans aucune condition sociale, ni environnementale. « Le Covid a ouvert une brèche dans laquelle s’engouffrent les libéraux pour mettre en œuvre une stratégie du choc. Alors, c’est à nous de mener la bataille pour que ça ne soit pas le cas, et de proposer un autre avenir soutenable, solidaire et désirable », analyse Pauline Boyer, porte-parole d’Alternatiba.

Cet avenir pour les luttes se jouera dans les territoires. « On a élargi la base de soutien à la lutte écologiste ; désormais, l’enjeu, c’est de l’ancrer territorialement pour obtenir des victoires », continue Gabriel Mazzolini, chargé de mobilisation aux Amis de la Terre. C’est aussi une manière de montrer que les alternatives existent. « Envisagée à l’échelle de la planète, la situation est plutôt désespérante. Mais à un niveau plus local, elle s’inverse. Partout, des citoyens se mobilisent, les initiatives collectives se multiplient : économie sociale et solidaire, villes en transition, écovillages, ZAD, ils inventent de nouvelles relations à la nature afin de vivre autrement et mieux », explique ainsi la philosophe Catherine Larrère, dans un entretien à paraître dans l’Humanité Dimanche.

Le mouvement pour le climat, en tout cas, a trouvé sa stratégie… et de nouveaux militants. Du confinement est aussi sortie une nouvelle génération qui a pris conscience de l’urgence d’agir. Aux Amis de la Terre, une douzaine de groupes locaux se sont constitués. Chez Alternatiba, aussi, des citoyens sont venus rejoindre les rangs. « Aux camps climat de l’été, on a fait le plein : 2 000 personnes sur une vingtaine. On s’est aperçus que les gens avaient envie de se former à l’action », continue Pauline Boyer.

Entre-temps, la Convention citoyenne sur le climat a rendu ses 149 propositions en juin, un socle sur lequel vont aussi s’appuyer les collectifs. « Prenons l’exemple du moratoire sur les zones commerciales et les entrepôts de e-commerce, c’était inimaginable il y a quelques années, et désormais, il fracture la majorité », cite Gabriel Mazzolini. Dans le viseur du mouvement, déjà d’autres batailles : le 3 octobre, et la marche contre les aéroports. Dans une dizaine d’endroits mais aussi à l’international. Car, si « le trafic reprend sur sa croissance d’avant-Covid – c’est le cap donné par le gouvernement –, en 2050, le budget carbone sera intégralement absorbé par l’aérien. Ça signifie qu’on ne se soigne plus, on ne mange plus, on ne se chauffe plus », expose Pauline Boyer, d’Alternatiba, à l’origine de la journée. Ceux qu’Emmanuel Macron traite d’« amish » veulent donc faire atterrir la moitié des avions qui ne font voyager que 2 % de la population française.

Pia de Quatrebarbes

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