Justice. La colère réunit les syndicats de magistrats

Jeudi 24 Septembre 2020
Avec l’enquête lancée contre des magistrats et le dénigrement de leur école, le torchon brûle entre les juges et leur ministre.

Le nouveau ministre de la Justice a réussi à faire l’unité contre lui. Les deux principaux syndicats de magistrats – l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire et classé à droite) et le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) – ont joint leurs forces pour appeler le personnel de la justice à se rassembler aujourd’hui devant les juridictions. « Depuis plusieurs jours déjà, l’institution judiciaire est clairement attaquée par son sommet et celui qui devrait la protéger : le garde des Sceaux », soulignent les deux organisations, pour lesquelles « ces attaques sont dangereuses dans un État de droit ». Leur protestation s’est doublée mardi du dépôt par le syndicat Unité magistrats et l’Association de défense des libertés constitutionnelles d’un recours devant le conseil d’État.

Un conflit d’intérêt dénoncé depuis des mois

À l’origine de cette levée de boucliers, l’annonce par Éric Dupond-Moretti, le 18 septembre, de l’ouverture d’une enquête administrative contre trois juges du Parquet national financier (PNF). La décision du ministre fait suite à la réception trois jours plus tôt d’un rapport de l’inspection générale de la justice (IGJ) qui, tout en notant des dysfonctionnements, avait estimé qu’il n’y avait rien d’illégal dans les méthodes du PNF. L’IGJ avait été saisie en juillet par la ministre d’alors, Nicole Belloubet, pour répondre au tollé suscité par l’affaire des fadettes. Entre 2014 et 2019, le PNF avait consulté les relevés téléphoniques détaillés d’avocats et de magistrats pour tenter d’identifier « la taupe » qui aurait averti Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, qu’ils avaient été mis sur écoute dans une affaire de corruption.

Les faits reprochés aux trois magistrats du PNF « sont susceptibles d’être regardés comme des manquements au devoir de diligence, de rigueur professionnelle et de loyauté », s’est justifié le garde des Sceaux. L’argument passe mal auprès des magistrats. Depuis des mois, ils dénoncent un « conflit d’intérêts », Éric Dupond-Moretti ayant fait partie des avocats dont les factures téléphoniques ont été consultées dans le cadre de l’affaire des fadettes. Sa décision d’ouvrir une enquête administrative contre des juges est une « tentative de déstabilisation, menée dans le but de disqualifier (le) Parquet national financier », ont estimé l’USM et le SM dans une lettre conjointe au président Macron. Les commentaires du ministre, qui a justifié mardi la nomination d’une avocate, Nathalie Roret, à la tête de l’École nationale de la magistrature par le besoin de « rompre avec la tentation du vase clos et de l’entre-soi », ont fait encore monter la tension.

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