Devant le siège de l’organisation, à New York. à l’issue d’une vaste consultation mondiale, les participants «ont souligné que le monde avait besoin de systèmes de santé et de services de base universels», a relevé le secrétaire général, Antonio Guterres. © Mike Segar/Reuters
Devant le siège de l’organisation, à New York. à l’issue d’une vaste consultation mondiale, les participants «ont souligné que le monde avait besoin de systèmes de santé et de services de base universels», a relevé le secrétaire général, Antonio Guterres. © Mike Segar/Reuters

Nations unies. À 75 ans, l’Onu est plus que jamais nécessaire

Vendredi 25 Septembre 2020

La vénérable institution est mal en point. Face aux attaques, elle nécessite d’être réformée pour mieux renforcer son rôle au service de la paix et du développement.

L’Organisation des Nations unies (ONU), créée en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, célèbre son 75e anniversaire. Une vieille dame toujours vivante, certes, mais pas très en forme. Pour l’occasion, l’ONU a mené une consultation à l’échelle planétaire. Plus d’un million de personnes à travers le monde, et notamment un grand nombre de jeunes, ont fait entendre leurs voix. « Les participants ont fait part de leurs craintes et de leurs espoirs pour l’avenir. Ils estiment que la coopération internationale est indispensable pour faire face aux réalités de notre époque », a noté le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. « Les gens craignent la crise climatique, la pauvreté, les inégalités, la corruption et la discrimination systémique fondée sur la couleur de peau ou le genre », a-t-il relevé, ajoutant : « Ils ont relevé que la pandémie de Covid-19 rendait cette solidarité plus urgente encore. Et ils ont souligné que le monde avait besoin de systèmes de santé et de services de base universels ».

"Pas assez de solutions multilatérales"

On en est loin, si l’on en juge par le jugement porté sur cette vénérable institution par le secrétaire général, pour qui, « aujourd’hui, nous avons trop de problèmes multilatéraux et pas assez de solutions multilatérales ». Ce qui n’a pas empêché les chefs d’État et de gouvernement d’adopter un texte où ils affirment d’une seule voix : « Les difficultés auxquelles nous nous heurtons sont toutes liées les unes aux autres et ce n’est que dans le cadre d’un multilatéralisme revitalisé que nous parviendrons à les surmonter. » Qu’aucun pays ne puisse refuser de faire sien un tel texte est, par les temps qui courent, un point d’appui précieux. Ce qui ne saurait rendre naïf.

« En cet anniversaire des 75 ans de l’ONU, le multilatéralisme et le droit international sont menacés par la plus grande puissance mondiale. Le comportement irresponsable des États-Unis est le danger le plus important pour la paix et la sécurité internationales », a rappelé le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez Parrilla. « Il semble que (les États-Unis) soient en guerre avec la planète (…) et ses habitants », a-t-il déploré en critiquant le « blocus économique, commercial et financier » imposé par Washington à son pays.

C’est bien le paradoxe de l’ONU telle qu’elle existe aujourd’hui, lumière qui vire toujours plus à la lueur. Personne n’est prêt à souffler sur la flamme de ce phare construit alors que le monde sortait d’une terrible guerre. Mais personne ne semble capable de la raviver. Les contradictions sont apparentes. À l’instar d’un Emmanuel Macron qui prononce des phrases généreuses sur « la construction exigeante de la paix et de la stabilité dans le respect de l’égale souveraineté des peuples », sur le « respect du droit international humanitaire et des droits fondamentaux de chacun », mais parle de « la première ère de la mondialisation (qui) fut ouverte par les voyages de Christophe Colomb, de Magellan ». Un président français qui réduit pourtant les libertés dans son propre pays et n’évoque pas l’ONU lorsqu’il envoie sa flotte militaire se frotter à celle de la Turquie en Méditerranée orientale. Et que dire de la manière dont les résolutions de l’ONU sont traitées lorsqu’il s’agit des droits du peuple palestinien.

A terme, le risque de devenir une coquille vide

Si l’ONU est irremplaçable, elle peut pourtant être vidée de sa substance et devenir une coquille vide pour le plus grand bonheur de pays qui refusent toute régulation internationale et autre pacte de coopération. La réforme des Nations unies est un véritable serpent de mer, mais est pourtant indispensable. Il s’agit de redonner toute sa force à l’Assemblée générale, et surtout au Conseil de sécurité aujourd’hui déséquilibré par les droits des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni), par ailleurs principaux vendeurs d’armes dans le monde. De l’Amérique du Sud à l’Asie, en passant par l’Afrique et l’Europe, plusieurs dirigeants ont profité de l’Assemblée générale pour souligner la nécessité « urgente » de réformer le Conseil de sécurité, afin de mieux refléter le monde d’aujourd’hui. Même si les tentations néocoloniales sont toujours de mise. 

La Cnuced sonne l’alarme

Face à une récession mondiale profonde associée à une pandémie encore incontrôlée, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) tire le signal d’alarme. C’est dans les pays en développement que les dommages économiques et sociaux seront les plus importants, là où le poids du secteur informel est élevé, où la marge de manœuvre budgétaire a été ensevelie sous une montagne de dettes. Pour la Cnuced, le monde a besoin d’un plan de relance global qui puisse mettre les pays, y compris les plus vulnérables, dans une situation plus favorable qu’avant le Covid-19.

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