@©Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Vendredi, 3 Juillet, 2020

Pour Younous Omarjee, « un plan d’aide d’urgence pour l’Outre-mer est nécessaire »

L’eurodéputé insoumis a interpellé mercredi le premier ministre, lui demandant de solliciter l’aide de l’Union Européenne pour faire face à la crise sanitaire en Guyane. Mais alors que ce dernier a présenté sa démission ce vendredi, et que la nomination du nouveau gouvernement Castex est attendue, la situation en Guyane, elle, continue de se détériorer.

Vous avez interpellé mercredi le premier ministre, afin qu’il sollicite officiellement l’aide de l’Union Européenne pour gérer la crise sanitaire en Guyane. La France n’est-elle plus en mesure de faire face seule à la situation guyanaise ?

Younous Omarjee Il semble effectivement que l’État soit dépassé. Il y a un manque de personnel médical, de matériel, de lits en réanimation, et un hôpital d’urgence est attendu. Tous les élus locaux ont sonné l’alerte. Rien, ou presque, ne bouge. La Ministre des Outre-mer a elle-même fait état à l’Assemblée Nationale d’un manque de 300 médecins et infirmiers. La France semble complètement dépassée.

De quels mécanismes d’aide concrets dispose l’Union européenne ?

Younous Omarjee Le mécanisme européen de protection civile a été créé en 2001 pour que la solidarité européenne puisse se déployer chaque fois qu’un État est dépassé. C’est ce mécanisme qui est activé lorsqu’il y a des grands incendies ou des inondations. En 2019, l’UE a renforcé ce dispositif et créé rescEU qui a pour objectif de renforcer la protection des citoyens contre les catastrophes. En outre, rescEU comprend des avions d’évacuation médicale, une réserve de matériel et des hôpitaux de campagne. Il y a aussi un corps médical européen, constitué d’équipes médicales d’urgence. Une fois qu’un État Membre en fait la demande, le déploiement de tous ces instruments est coordonné et géré par le centre de coordination de la réaction d’urgence de l’UE, qui analyse ce qui peut être fait et mobilise ce qui peut l’être. L’État doit agir. Un appel peut aussi être lancé à Cuba, qui a dit qu’il se tenait prêt.

Selon vous, quels problèmes structurels ont été un obstacle en Guyane, pourtant confinée durant trois mois, dans le ralentissement de sa courbe épidémique ?

Younous Omarjee Depuis des mois, certains élus appellent l’État à plus de vigilance, à plus de moyens, à plus de mesures. Trop peu a été fait. Au lieu de prévenir utilement, l’attentisme fait désormais basculer la Guyane dans la gestion de crise. Des années de sous-investissement dans les politiques publiques et des indicateurs sociaux parmi les pires sur tout le territoire de la République aggravent la situation. Tout monde sait le nombre de bidonvilles qui existent en Guyane et qui sont un indicateur criant du manque d’accès à l’eau potable. Une grande part de la population n’a pas non plus accès aux masques, au gel hydroalcoolique. Il n’est aussi un secret pour personne que la gestion de la crise sanitaire par Bolsonaro a été une catastrophe, et que la France a une frontière avec le Brésil. Il y a une migration de crise, qui augmente ainsi le risque sanitaire en Guyane.

Ces difficultés risquent-elles de plonger la Guyane dans une crise économique et sociale encore plus sévère qu’en métropole ?

Younous Omarjee Comme en métropole, le choc économique subi représenterait une baisse de valeur ajoutée de près de 30 %. Mais ce qui est sûr, c’est que cette crise économique et sociale sera plus dure en Guyane qu’à Paris, car le niveau de développement et la résilience de l’économie sur place ne sont évidemment pas les mêmes. Dans beaucoup de quartiers de Guyane la faim augmente, et les difficultés financières aussi.

Mayotte, comme la Guyane, a été durement touchée par le Covid-19. La situation d’État d’urgence sanitaire y est appelée à se prolonger. Quels enseignements tirez-vous de la gestion de la crise sanitaire par le Gouvernement dans ces territoires ?

Younous Omarjee L’État manque à son devoir dans ces deux territoires, et dans l’Outre-Mer en général. Le Covid-19 frappe fort partout où les moyens pour la santé publique ont été coupés. Les deux territoires ultramarins les plus pauvres et où les besoins en matière de santé publique sont les plus criants sont les plus frappés. Un plan d’aide d’urgence pour l’Outre-mer est nécessaire, sans quoi des années d’efforts pour le développement et le rattrapage des retards seront anéanties. Les placards du gouvernement sont remplis d’études sur les investissements nécessaires dans ces régions. Personne ne peut dire qu’il ne savait pas.

Propos recueillis par Jules Fresard
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