Le 2 juillet. Visioconférence des deux principales organisations palestiniennes avec Saleh Al Arouri (à l’écran), du Hamas, et Jibril Rajoub, du Fatah qui souhaitent, cette fois, « parler d’une seule et même voix ». © M. Torokman/Reuters
Le 2 juillet. Visioconférence des deux principales organisations palestiniennes avec Saleh Al Arouri (à l’écran), du Hamas, et Jibril Rajoub, du Fatah qui souhaitent, cette fois, « parler d’une seule et même voix ». © M. Torokman/Reuters
Vendredi, 3 Juillet, 2020

Proche-Orient. Changement de tactique, mais pas de stratégie

Le gouvernement israélien temporise face aux déclarations s’opposant à l’annexion des territoires palestiniens, mais sa « fenêtre de tir » est étroite.

Face à la levée de boucliers partout dans le monde contre le projet d’annexion d’une partie des territoires palestiniens, Benyamin Netanyahou et le gouvernement israélien ont visiblement décidé de changer de tactique. Mais pas de stratégie, celle-ci restant la même : en finir une fois pour toutes avec la « question palestinienne ». Seule bonne nouvelle, Netanyahou a réussi le tour de force d’un rapprochement entre les deux principales organisations palestiniennes, jusque-là à couteaux tirés, l’une dans la bande de Gaza, l’autre en Cisjordanie.

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« Nous mettrons en place tous les mécanismes pour assurer l’unité nationale » contre le projet israélien, a affirmé le secrétaire général du Fatah, Jibril Rajoub, disant vouloir parler « d’une seule et même voix ». Saleh Al Arouri, cadre du Hamas qui s’exprimait en visioconférence depuis Beyrouth, a de son côté assuré que « la direction du Hamas est pour le consensus national ». À la mi-juin, déjà, Salah Al Bardawil, haut responsable de l’organisation islamiste, déclarait : « Nous appelons à confronter le projet d’annexion par la résistance sous toutes ses formes (…) et nous appelons notre peuple à transformer cette épreuve en opportunité pour remettre le projet palestinien sur les rails. Il n’y a pas de place pour un monopole, l’exclusion ou la domination au sein du leadership palestinien. »

Le plan d’annexion suscite de vives critiques de l’Union européenne (UE), de l’ONU et de plusieurs pays arabes. Et désormais du premier ministre britannique, Boris Johnson, que Benyamin Netanyahou qualifiait « d’ami » il y a quelques mois, qui s’est invité mercredi en une du quotidien israélien Yediot Aharonot pour exhorter son homologue israélien à annuler son projet. « Je suis un défenseur passionné d’Israël », mais « j’espère profondément que l’annexion n’ira pas de l’avant », écrit Johnson, disant craindre pour le processus de paix. À Berlin, les députés allemands ont estimé dans une résolution qu’une annexion faisait « courir le risque d’une nouvelle déstabilisation de la région » et ont enjoint Israël d’abandonner ce plan « de façon urgente ».

Le silence de Macron

En France, 112 parlementaires de toutes sensibilités ont affirmé dans une tribune publiée par le Monde : « Nous appelons à des sanctions internationales immédiates en cas d’annexion du tiers de la Cisjordanie par Israël. » Le mot sanction n’a pas encore été prononcé par la France. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a expliqué que l’Union européenne pourrait réexaminer la « participation d’Israël à différents programmes de coopération » et « renforcer le contrôle de l’origine des produits importés » (ce qui prouve que ce n’est pas le cas actuellement, malgré les décisions officielles de l’UE). Quant à Emmanuel Macron, il brille par son silence assourdissant sur une question pourtant majeure s’agissant du Moyen-Orient et de la stabilité mondiale.

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Même aux États-Unis, le ton monte. On sait que Joe Biden, lui aussi grand ami d’Israël, s’est prononcé contre l’annexion. La gauche du Parti démocrate va maintenant beaucoup plus loin. Une douzaine de représentants démocrates soutiennent le contenu d’une lettre publiée par la représentante Alexandria Ocasio-Cortez et affirment qu’en cas d’annexion, ils travailleront à une loi pour que l’aide militaire américaine à Israël, de 3,8 milliards de dollars, soit conditionnée, afin que les impôts des citoyens ne servent pas à aider ou entériner cette annexion. Une déclaration soutenue par Bernie Sanders.

Pierre Barbancey
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