Infographie : l'Humanité. Source : Combattre les inégalités des émissions de CO2, Oxfam 2020
Infographie : l'Humanité. Source : Combattre les inégalités des émissions de CO2, Oxfam 2020

Réchauffement climatique et inégalités : les riches polluent, les pauvres en paient le prix fort

Mardi 22 Septembre 2020

Selon une étude codirigée par Oxfam, les 1 % les plus riches de la population mondiale sont à l'origine de 52 % des émissions cumulées de CO2, alors que les 50 % les plus pauvres en rejettent seulement... 7 %. Pour l'ONG, qui en appelle à la responsabilité des gouvernements en matière de justice sociale et économique, ces inégalités extrêmes « précipitent le monde vers une catastrophe climatique ».

Plus on gagne d’argent, plus on pollue. De nombreuses études le démontrent. Celle que l’ONG Oxfam a menée avec le Stockholm Environment Institute (SEI) va plus loin. Elle révèle avec précision que durant vingt-cinq ans, de 1990 à 2015, les 10 % les plus riches de la population mondiale ont été responsables de 52 % des émissions de CO2 et que les 1 % les plus riches émettent deux fois plus que la moitié la plus pauvre de la planète. Ces derniers ne sont responsables que de 7 % des émissions de CO2. Mais ils en paient le prix le plus fort.

L’économie mondiale ne cesse d’engranger plus de pollution, certes, mais ce que met en évidence le rapport « Combattre les inégalités des émissions de CO2 » publié le 21 septembre, est que l’exacerbation des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres contribue fortement à alourdir le bilan carbone des premiers, tout en pénalisant les seconds. En d’autres termes, «  la concentration des richesses aux mains d’une minorité aggrave la crise climatique », résume Armelle Le Comte responsable du plaidoyer climat à Oxfam France.

L’étude s’appuie sur des estimations des émissions de CO2 dues à la consommation, c’est-à-dire à la fois les émissions produites dans chacun des 117 pays étudiés et celles liées à leurs importations. Elle exclut celles induites aux exportations.

Soutenir les communautés pauvres et vulnérables

Entre 1990 et 2015, les émissions totales cumulées dans l’atmosphère ont augmenté de 60 %. «  Le budget carbone mondial limité a été dilapidé au service d’une intensification de la consommation d’une population nantie, et non pour sortir des personnes de la pauvreté », note l’étude. En effet, malgré une hausse considérable du PIB mondial, les inégalités de revenus se sont aggravées. «  Cette croissance économique inégale a des effets pervers à plusieurs niveaux, notamment parce qu’elle ralentit le rythme de réduction de la pauvreté et qu’elle a un impact sur le budget carbone mondial. Celui-ci s’épuise plus rapidement, au profit d’une minorité de personnes parmi les plus fortunées au monde », relève Armelle Le Comte.

Ainsi, dans le détail, on peut voir que la moitié des 10 % les plus émetteurs vivent en Amérique du Nord et en Europe, un cinquième en Chine et en Inde. «  Nous avons calculé que les inégalités sont telles que les 10 % les plus riches épuiseraient à eux seuls, d’ici à 2033, le budget carbone visant à limiter le réchauffement à 1,5 °C, et ce, même si les émissions du reste de la population mondiale devenaient nulles dès demain », précise Armelle Le Comte.

En France aussi, les inégalités sont très marquées : sur la période 1990-2015, les 10 % les plus riches ont été responsables de plus d’un quart des émissions cumulées de CO2 (27 %), soit presque autant que la moitié la plus pauvre de la population française.

Au-delà du constat, l’étude conjointe Oxfam-SEI détaille comment lutter contre cette hydre à deux têtes, les inégalités et la crise climatique, en s’attaquant aux émissions excessives des plus riches et en soutenant les communautés pauvres et vulnérables.

Des « changements systémiques » sont nécessaires

Rendu public alors que l’Assemblée générale des Nations unies s’apprête, dans sa prochaine session, à aborder, les défis liés à la crise climatique, le rapport exhorte les gouvernements à « inscrire la lutte contre la crise climatique et celle des inégalités au cœur des efforts de reprise ». S’y atteler exige des « changements systémiques », souligne Oxfam, « une occasion unique pour un développement d’une économie plus juste, qui tient compte des limites de notre planète ».

Ainsi, en France, « le simple redémarrage de nos économies telles qu’elles existaient avant la pandémie – dépassées, injustes et polluantes – n’est plus une option viable », affirme Armelle Le Comte. «  Il serait inimaginable que le gouvernement baisse aveuglément les impôts des grandes entreprises polluantes et leur verse des aides sans aucune contrepartie écologique et sociale. Le gouvernement doit au contraire, poursuit-elle, investir dans les services publics et les secteurs sobres en carbone, comme les transports publics. Ce sont les conditions sine qua non pour faire face à la crise climatique et enrayer le creusement des inégalités. » 

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