Le 1er juillet, Vladimir Poutine, dans un bureau de vote à Moscou. Malgré sa victoire au réferendum, la popularité du chef de l’État a chuté de 79 % à 59 %, entre mai 2018 et juin 2020, selon l’institut de sondage du Centre Levada. Sputnik/A. Druzhinin/Kremlin/Reuters
Le 1er juillet, Vladimir Poutine, dans un bureau de vote à Moscou. Malgré sa victoire au réferendum, la popularité du chef de l’État a chuté de 79 % à 59 %, entre mai 2018 et juin 2020, selon l’institut de sondage du Centre Levada. Sputnik/A. Druzhinin/Kremlin/Reuters
Vendredi, 3 Juillet, 2020

Russie. Poutine en marche pour être président en 2024

La révision constitutionnelle a été entérinée par un vote populaire, mercredi. Elle donne la possibilité au président russe de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036. La crise sociale qui secoue le pays et le mécontentement auront-ils un impact ?

Sans véritable surprise, les Russes ont validé à 77,92 % la révision constitutionnelle lors d’un scrutin qui s’est achevé le 1er juillet. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a salué « un référendum triomphal de confiance envers le président Poutine ». Ce vote populaire, qui a débuté le 25 juin, n’avait pas la forme légale d’un référendum, les deux chambres du Parlement et les assemblées régionales ayant déjà adopté les 200 amendements à la loi fondamentale. Mais il donne un aspect de légitimité à cette réforme qui a été achevée juste avant le début du confinement au printemps.

Tournant conservateur

« C’est bien l’idéologie conservatrice qui domine l’ensemble des propositions, avec l’affirmation de la foi en Dieu et la définition du mariage comme une union seulement possible entre un homme et d’une femme », explique le quotidien The Moscow Times. Cela confirme un tournant conservateur qui a été pris sur le plan sociétal lors de son retour au pouvoir en 2012 à l’occasion de son troisième mandat. Pour Tatiana Stanovaïa, fondatrice du centre d’analyse R.Politik, interrogée par l’AFP : « C’est un moyen de cimenter la Russie telle qu’elle est maintenant (…), d’institutionnaliser l’héritage de Poutine. »

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Mais, derrière ce scrutin, il s’agit bien de la question de 2024 et de l’après-Vladimir Poutine qui est posée. La remise à zéro du nombre des mandats de Vladimir Poutine, qui sont désormais limités à deux, peut théoriquement le maintenir en tant que président jusqu’en 2036. « Cette option apparaît désormais possible. Si le chef de l’État y pense, les divers cercles du pouvoir qui le soutiennent (financiers, libéraux, militaires, politiques) ont fortement poussé une telle réforme. Faute d’une alternative claire aujourd’hui, ces élites ont voulu avoir une porte de sortie et Poutine peut garder la mainmise sur l’agenda et son départ », analyse l’ancien directeur de musée Naum Kleiman.

Contexte social préoccupant

Vladimir Poutine peut-il rester à la tête de la Russie jusqu’à ses 83 ans ? Pour beaucoup, cela dépendra de la situation du pays en 2022-2023. « Ce qui me paraît évident en revanche, c’est que ce choix fait au nom de la stabilité va en créer au contraire à moyen terme. Le Kremlin et l’entourage de Poutine repoussent le problème sans le régler. Et ne pas s’y préparer n’est pas un service rendu à ce grand pays à l’histoire millénaire », estime le directeur de l’Observatoire franco-russe, Arnaud Dubien.

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Aujourd’hui, le contexte social apparaît des plus préoccupants. Le pays devrait connaître une récession en 2020 de – 5 %. Le chômage et les licenciements ne cessent d’augmenter. Pour la première fois, avant des scrutins régionaux prévus à l’automne et des législatives en 2021, le parti présidentiel, Russie unie, est très impopulaire. La popularité même du chef de l’État a connu une chute de 79 % à 59 %, entre mai 2018 et juin 2020, selon l’institut de sondage du Centre Levada. Ce mécontentement qui a grandi dans la société avec la pandémie, qui a particulièrement touché la Russie, semble pris au sérieux par l’exécutif. À l’occasion de la présidentielle de 2018, Vladimir Poutine en avait fait un de ses éléments centraux. « L’une des réponses a été de revoir sa politique sociale et d’éviter un scénario avec des manifestations, comme en Ukraine. Seulement il existe une réelle opposition au sein du camp présidentiel et des milieux libéraux sur lesquels Poutine s’appuie », constate l’historienne Olesya Orlenko.

Promesse de réformes

Afin d’éviter une crise financière et sociale, plusieurs réformes ont été promises. Dans la Constitution, un amendement portant sur l’indexation des retraites sur l’inflation a été introduit. Pour David Teurtrie, spécialiste de la Russie et chercheur à l’Inalco, « la nomination du nouveau gouvernement Michoustine en janvier semble se traduire par la mise en œuvre d’une nouvelle politique économique : d’une décennie d’orthodoxie financière et de stabilisation macroéconomique, on passerait à une politique keynésienne de l’investissement dans les infrastructures et l’économie réelle. La crise actuelle semble devoir accélérer cette orientation comme (…) d’inj ecter des liquidités dans l’économie ».

Vadim Kamenka
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