@Martin Bureau/ AFP
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Tous les moyens sont bons pour que Nokia reste en France

Vendredi 25 Septembre 2020

Les salariés sous le coup d’un licenciement boursier menaçant plus de 1200 emplois ne désarment pas et redoublent d’inventivité. Leur but, sauver leur poste mais aussi le savoir-faire français en matière d’équipements réseaux.

« Keep Nokia In France ». Gardez Nokia en France. C’est le mot d’ordre de la mobilisation des salariés de l’équipementier. Car si ce quatrième plan de licenciement massif en quatre ans abouti, la présence du groupe qui a racheté en 2015 Alcatel sur le territoire apparaît compromis à moyen terme. Ce sont les centres de recherche et développement sur la 5G à Nozay dans l’Essonne et sur la cybersécurité à Lannion, en Bretagne qui sont frappés de plein fouet. Les salariés redoublent d’inventivité pour sauver leurs emplois.

Depuis cette semaine, une vidéo tourne sur le réseau interne de Nokia. Des salariés du monde entier y disent : « gardez Nokia en France », en une quinzaine de langues, en allemand, finnois, en Russe et même en Hindi, où une partie des emplois français seraient délocalisés.

L’un des ingénieurs bretons l’a partagée sur son compte Linkedin.

Il s’agit aussi de donner à voir la réalité de la casse sociale. 1233 postes. Les salariés ont eu l’idée de découper des silhouettes, grandeur nature et numérotées dans du bois. Ils les ont peintes en bleu, de la couleur du logo de Nokia. 402 à Lannion, et 831 en Essonne. « Nous avons manifesté ce jeudi avec nos silhouettes dans Nozay, raconte Laurent Richard, délégué syndical central CGT. Nous étions quelques centaines, et des habitants sont venus vers nous avec des signes de soutiens. Puis nous avons attaché nos silhouettes sur les grilles d’entrée de l’entreprise ».

Les syndicats espèrent prochainement pouvoir manifester tous ensemble à Lannion et rassembler les 1233 silhouettes. « On a dû repousser notre voyage en Bretagne à octobre avec nos silhouettes à octobre, regrette Laurent Richard. Nous avons plein de projets de mobilisation, mais les restrictions liées au Covid nous mettent des bâtons dans les roues. On nous laisse entendre qu’il y aura une annonce gouvernementale sur notre sort, peut être le 8 octobre. Donc on essaiera tout de même de défiler à Bercy un peu avant, histoire de leur mettre la pression. »

Car autrement, des discussions avec la direction du groupe engagées par la secrétaire d’État à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, point de nouvelles. « Mais ils sont obligés de dire qu’ils luttent contre le PSE, d’autant qu’ils viennent de répéter que la 5G est stratégiques » note le cégétiste.

Les salariés peuvent au moins compter sur la mobilisation de certains élus locaux. C’est que ces sites sont les premiers employeurs des villes concernées. Et les emplois induits sont d’autant plus nombreux que ce sont des postes qualifiés, d’ingénieurs qui sont menacés. « Mettons dans la balance l’annulation de la vente d’Alcatel à Nokia a interpellé ce jeudi sur BFM le président de la région Bretagne, Loig Chesnais-Girard. On nous avait promis des emplois et de l’excellence à Lannion. Nous, Bretons, nous nous sentons trompés. Vous voulez partir ? Rendez-nous les brevets, les technologies, les contrats ! »

À Lannion, les salariés se sont lancé un autre défi depuis ce lundi. Ils se sont relayés pour parcourir 3200 kilomètres à vélo, la distance séparant le site breton et Espoo, en Finlande, où est le siège de la multinationale. Un trajet symbolique, puisque la route a été parcourue en répétant plus de 1000 fois une boucle de 3 kilomètres sur le plateau de Lannion. Ils n’en espèrent pas moins interpeller le nouveau PDG du groupe qui a pris ses fonctions cet été.

Prochaine étape ? « On essaye aussi d’organiser un black-out de communications de plusieurs jours la semaine prochaine, entre la France et l’Allemagne et la Finlande, explique Laurent Richard. Cela fait un peu moins peur aux salariés que la grève. Mais on espère que cela montrera qu’on est indispensables au groupe ».

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