Université. Le suicide d’une jeune transgenre à Montpellier déclenche la polémique

Vendredi 25 Septembre 2020

Son geste fatal pourrait être dû à une forme de transphobie institutionnelle. Les syndicats étudiants exigent justice et vérité pour Doona.

Une étudiante en psychologie à la faculté Paul-Valéry de Montpellier, s’est suicidée ce mercredi 23 septembre en fin d’après-midi. Transgenre âgée de 19 ans, Doona s’est jetée sous un train après avoir annoncé sur les réseaux sociaux : « Je vais au paradis. »

La jeune femme avait déjà tenté de mettre fin à ses jours à deux reprises, le samedi et le lundi précédent son acte fatal. Ses proches ainsi que plusieurs organisations et syndicats étudiants mettent directement en cause les services médicaux de l’Université, le CHU de Montpellier et le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS).

« Aujourd’hui, une de mes meilleures amies est morte, peut on lire sur un compte twitter relayé par des étudiants révoltés par cette affaires. (…) Tout est arrivé en 5 jours. Samedi dernier, Doona a traversé une crise suicidaire, les pompiers sont arrivés à temps et elle est emmenée aux urgences. Parce que c’est les urgences, parce qu’elle est trans, on la traite mal. Mal soignée, témoin d’autres cas de maltraitance médicale, elle s’enfuit. Lundi, elle a de nouveau une crise suicidaire. Elle choisit de ne pas contacter les urgences et demande des soutiens sur twitter. Le lendemain, un ami l’emmène chez un docteur pour des sutures, elle reste très déprimée. Mercredi, elle écrit des messages inquiétants sur les réseaux sociaux. Elle refuse de voir un médecin. Trop de mauvaises expériences psychophobes et transphobes. Elle coupe tout. » Le même auteur affirme ensuite dans un autre message que « le jour de sa mort, le Crous lui a explicitement dit qu’elle perdrait son logement si elle faisait une autre crise suicidaire ».

Le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) s’est à ce propos directement adressé au directeur du Centre régional par courrier. « Si les causes exactes de son suicide ne sont pas encore connues, ce geste fait suite à des tentatives précédentes dont vos services avaient été informés. Or, suite à la deuxième tentative de suicide, une assistante sociale du CROUS et un médecin scolaire étaient directement en lien avec Doona. (…) Il lui aurait été dit, lors de la réunion du mercredi 23 septembre, soit quelques heures avant son suicide, qu’elle ne pouvait plus tenter de mettre fin à ses jours, sous peine d’être expulsée de son logement. Nous espérons que le cynisme des assistantes sociales n’en est pas arrivé à ce point. »

Dans une déclaration commune de Solidaires Etudiant-e-s Montpellier, RUSF 34, Bouclier LGBTI, NPA Jeune Montpellier, UEC Montpellier et SUD Recherche EPST, la mise en cause du CROUS est là aussi sans appel. « Suite à ces hospitalisations fréquentes, le CROUS lui a explicitement dit que si elle retentait de se suicider, ils lui retireraient son logement et enlèveraient ses bourses, écrivent les signataires. Le jour même, elle mettait fin à ses jours. Encore une fois, l’État, à travers le CROUS, précarise les étudiant-e-s, dégrade leur santé mentale, parfois jusqu’au suicide. Nous demandons la justice pour Doona, comme nous l’avions déjà exigé pour notre camarade lyonnais, lorsqu’il s’était immolé par le feu devant le CROUS en raison de son extrême précarité et de l’inaction du CROUS. »

De son côté, la rectrice Sophie Béjean, dans un communiqué associant lerecteur délégué à l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation et le directeur général du Crous a fait part de ses condoléances à la famille de Doona et tenté de répondre aux accusations. «Cette étudiante, résidente d’une cité universitaire du Crous, avait bénéficié d’un accompagnement renforcé de la part des services sociaux, comme des personnels assurant la gestion de la résidence du Crous de Montpellier-Occitanie, également éprouvés par ce drame et auxquels le soutien s’adresse également, insiste la rectrice. (…) Dans ce contexte, vos accusations gratuites (…) sont simplement abjectes. Je vous invite à davantage de retenue, et à éviter toute accusation gratuite et qui souille le travail du Crous. »

Mais la rectrice a commis une nouvelle erreur dans la rédaction de son communiqué en évoquant « la transformation (…) choisie » par Doonna. « Même votre terminologie est à revoir, vous parlez de «transformation», mais ce n’en est pas une, c’est une transition, lui a aussitôt répondu le SCUM. Nous parlons ici d’êtres humains et non pas de Pokémon. Ce sont ces petites choses que nous devons tous et toutes changer afin de disposer d’une société plus égalitaire. »

Un rassemblement est prévu lundi 28 septembre, à midi, devant le CROUS de Montpellier. Le Collectif organisateur du 24 ème ExisTransInter, le 17 octobre à Paris, a, par ailleurs, décidé de rendre hommage à Doona en choisissant comme mot d’ordre à son rassemblement : « La République nous préfère  mort.es, c’est à nous, ensemble, d’organiser notre survie. »

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